Vol. 25, N° 2 (Automne 2021)

RETHINKING PHENOMENOLOGY WITH EDITH STEIN
Éditeur invité : Antonio Calcagno

ANTONIO CALCAGNO, Introduction: Edith Stein’s Rethinking of Phenomenology

ANGELA ALES BELLO, The Meaning of Life between Time and Eternity

Cet article explore la question du sens de la vie, non seulement du point de vue de son déroulement temporel de la naissance à la mort, mais aussi du point de vue de son sens particulier et de sa cause finale, pour reprendre les catégories aristotéliciennes. Afin de discuter de cet argument, je me réfère à Edith Stein dans le but de montrer que des moments cruciaux de sa propre vie donnent lieu à des positions philosophiques importantes et déterminantes qui touchent aux questions d’identité personnelle, de relations sociales et communautaires et d’une relation avec Dieu.

ANNA MARIA PEZZELLA, Phenomenology and Psychology: Edith Stein’s Contribution to the Investigation of the Psyche

Edith Stein est arrivée à la phénoménologie après avoir commencé ses études universitaires en psychologie. Elle avait des difficultés avec l’incapacité de la psychologie à justifier et à délimiter ses principes fondateurs. Elle a trouvé chez Edmund Husserl, malgré ses critiques soutenues du psychologisme, la possibilité d’un terrain phénoménologique pour la psychologie. Cet article montre comment Stein, s’inspirant de Husserl mais aussi s’en éloignant, justifie la possibilité d’une psychologie phénoménologique encadrée dans une structure personnaliste de subjectivité et de socialité.

DANIELE DE SANTIS, Streichen Wir das Bewußtsein, so Streichen Wir die Welt.” Edith Stein on Husserl’s Transcendental Idealism: Critical Remarks

Cet article présente une discussion systématique de la compréhension critique par Edith Stein de l’idéalisme phénoménologique transcendantal de Husserl. Après une brève explication de la manière dont, selon Stein, l’idéalisme de Husserl devrait être formulé, cet article offrira une évaluation de sa critique avec un accent particulier sur L’introduction de philosophie (1920) de Stein. Je soutiendrai que si, en fin de compte, le rejet par Stein de l’idéalisme de Husserl dans le texte en question est jugé infructueux, nous devons examiner les prémisses sur lesquelles se fonde sa propre perspective sur l’eidétique de la nature.

SARAH BORDEN SHARKEY, Is Edith Stein’s Finite and Eternal Being a Kind of “Phenomenological Metaphysics”?

Une caractéristique frappante de l’Être fini et éternel est l’utilisation extrêmement rare du terme « métaphysique » par Edith Stein. Elle utilise le terme « ontologie formelle » à de nombreuses reprises, mais le terme « métaphysique » n’apparaît que quelque fois dans le corps du texte, et ces références même sont quelque peu surprenantes. Cela pourrait s’expliquer de plusieurs manières, dont certaines peuvent être tout à fait innocentes et n’ont rien à voir avec le fait qu’Edith Stein comprenne ou non son projet comme métaphysique. Dans ce qui suit, cependant, je voudrais étudier une différente explication et soutenir que (au moins en partie) sa raison pour éviter de décrire son travail comme métaphysique est liée au type de critique philosophique qu’elle veut faire de la métaphysique traditionnelle. Je ne soutiendrai pas que l’Être fini et éternel devrait être lu comme une analyse phénoménologique de l’être plutôt que comme une sorte de traité métaphysique, mais je soutiendrai que Stein a des raisons explicitement phénoménologiques d’être prudente quant à l’utilisation du terme « métaphysique ».

NICOLETTA GHIGI, Authentic Freedom and Happiness: An Interpretation of the Ethics of Edith Stein

Cet article entend faire avancer une manière d’être dans le monde de la personne humaine qui englobe à la fois le vrai sens de la liberté de choix et son résultat, à savoir, le bonheur. Partant de la proposition d’une éthique relationnelle chez Stein, j’ai l’intention de montrer comment, dans la relation authentique à travers l’Einfühlung, il est possible d’arriver à la « révélation » de ce qu’il y a de plus profond en nous, par exemple, la découverte d’une partie qui nous caractérise en tant qu’entités uniques et irremplaçables. La croissance et le développement de notre personnalité se produisent en cohérence avec qui nous sommes. Mais le « choix » d’adhérer à l’authenticité d’un soi profond est un choix de liberté qui nous conduit aussi à l’harmonie, à l’acceptation de notre finitude et de nos faiblesses, et donc, à bien vivre avec qui nous sommes « vraiment ». Ce résultat coïncide avec le fait d’être heureux.

 

ARTICLES VARIÉS

KYLE NOVAK, We Still Do Not Know What a Body Can Do: The Replacement of Ontology with Ethology in Deleuze’s Spinoza

A travers la plupart de sa carrière, Deleuze répète un problème qu’il attribue à Spinoza : « on ne sait même pas ce que peut le corps. » Le problème est étroitement lié à la lecture paralléliste de Spinoza par Deleuze et à ce qu’il appelle l’éthologie. Dans cet article, je soutiens que Deleuze considère l’éthologie tel un nouveau modèle de philosophie qu’il propose alors comme un remplacement de l’ontologie. Je fonde mon argument sur la suggestion de Deleuze que Spinoza propose aux philosophes les moyens de « penser avec ET au lieu de penser pour EST… » L’argument est développé à travers les monographies et collaborations de Deleuze sur Spinoza et aux côtés de sa critique méta-philosophique de l’Image de la Pensée.

THIBAULT TRANCHANT, Cosmologie et création ex nihilo chez Cornelius Castoriadis : De la critique de la dialectique à la pensée complexe?

L’un des gestes distinctifs de Cornelius Castoriadis fut de rapporter l’histoire de la philosophie à un concept de création « ex nihilo », qu’il définissait comme surgissement immotivé et irréductible de nouvelles déterminations formelles de l’être dans le temps. Cet article s’intéresse à la signification d’un tel parti pris pour l’instruction de la question cosmologique, entendue comme enquête sur les principes et le devenir de la totalité de l’être. L’auteur montre dans un premier temps comment Castoriadis a justifié sa position ontologique à partir d’une réflexion sur l’histoire de la science. Il la rapporte ensuite à deux voies possibles afin de résoudre la question cosmologique : la dialectique et la complexité. Il est soutenu que l’intention de Castoriadis ne fut pas de produire une cosmologie comme telle, mais de rapporter la pratique scientifique à la création et d’expliciter les conditions de possibilité de son intellection.

IOANNIS TRISOKKAS, Phenomenology as Metaphysics: On Heidegger’s Interpretation of Hegel’s Phenomenology of Spirit

L’article réfléchit sur l’interprétation « métaphysique » de Heidegger, de la Phénoménologie de l’Esprit de Hegel. Cette interprétation est guidée par deux thèses de Heidegger : (1) que la Phénoménologie est une partie nécessaire du « système scientifique » de Hegel et (2) que la Phénoménologie est de la métaphysique. Ces deux thèses se contrastent avec l’interprétation « épistémologique » de Houlgate, qui prétend que la Phénoménologie n’est pas une partie nécessaire du système scientifique de Hegel et qu’elle n’est pas de la métaphysique. L’article montre que si Heidegger a un argument qui établit, contre Houlgate, sa seconde thèse, cet argument même a des conséquences qui sapent la première.