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Vol. 19, No. 1 (Fall 2015)

 

ÉCOLOGIE ET PHILOSOPHIE
Guest Editor: Manola Antionoli

 
MANOLA ANTIONOLI, Introduction

ÉMILIE HACHE, « If I have a dog, my dog has a human » [abstract]

Si les animaux d’élevage comme les animaux d’expérimentation intéressent depuis une trentaine d’années de plus en plus de personnes – de chercheurs, de militants –, les animaux dit de compagnie, en revanche, semblent toujours pâtir du préjugé selon lequel, parce qu’ils relèveraient d’une relation privée, ils seraient sans intérêt scientifique ou philosophique. Donna Haraway propose une façon tout à fait singulière de court-circuiter cet arrêt de la pensée afin de pouvoir re-problématiser cette relation à nouveau frais. Ce qui change immédiatement, c’est le caractère non plus privé mais politique de cette co-relation : l’histoire biologique et politique qui nous unit à ces animaux dit de compagnie apparus massivement dans les années 1970 est toute aussi complexe que celle(s) que nous partageons par ailleurs avec nos autres espèces compagnes. Comment raconter cette histoire et hériter des conséquences de cette co-évolution ? Comment prendre au sérieux, moralement, politiquement nos relations inter-espèces ?

PIERRE-ANTOINE CHARDEL, Techno-esthétique et pensée critique. Lecture croisée de Félix Guattari et de Tomonobu Imamichi [abstract]

Dans la présente contribution, nous allons nous efforcer de voir comment une certaine proximité entre Félix Guattari et le philosophe japonais Tomonobu Imamichi intervient dans l’élaboration d’une pensée critique qui nous incite à interroger les fondements ontologiques de nos sociétés industrielles. Les crises écologiques que ces dernières connaissent sont d’une ampleur telle qu’elles nous imposent, non seulement de réformer notre manière de produire et de consommer, mais elles nous somment également de nous pencher sur nos équilibres subjectifs. Cela, si nous voulons nous donner collectivement les moyens de saisir avec plus de discernement la complexité des enjeux que nous devons affronter. Nous devons prendre soin de nos expériences sensibles, en tentant de redéfinir notre manière d’être dans le monde et d’interagir avec nos environnements technologiques. L’enjeu est de taille à l’heure où la mise en scène par les médias des problèmes environnementaux contribue le plus souvent à désorienter l’opinion publique, en générant une angoisse qui s’avère le plus souvent préjudiciable à tout exercice d’évaluation des problèmes. De plus, on s’aperçoit que la facilité avec laquelle il nous est possible d’accéder par le biais des réseaux numériques à des connaissances censées favoriser une perception plus ample des problématiques écologiques ne suffit pas à générer des comportements plus responsables. Une économie des affects est ici directement en cause, elle nous incite à redéfinir les conditions de notre expérience environnementale et d’assumer sa dimension polysémique.

KAREN HOULE, Animal, Vegetable, Mineral: Ethics as Extension or Becoming? [abstract]

Thinking of the animal-as-non-human is an idea that does not solely belong to a myopic yet ameliorable moment of Western philosophy’s past. It is central to, even constitutive of that past. It remains characteristic of its present and will likely dominate the character of philosophy—of thinking’s—foreseeable future. My contention is that thinking-difference has not, and cannot happen because of thinking-the-animal, and this is precisely due to the conceptual companionship that animality has played between the human and the non-human. This paper explores thinking otherwise-than-animality through the activation of the Deleuzo-Guattarian concept of becoming-plant. Plant life is genuinely heterogeneous to animal life. In this paper I explore the complex phenomenon of plant communication. Thinking through and activating the vital difference expressed by plant signalling can play a role in the activation of real difference in thought, not merely its companionable extension.

JOHN PROTEVI, Canguilhem’s “Comparative Physiology”: An Eco-Bio-Social Multiplicity [abstract]

This paper brings Georges Canguilhem and Gilles Deleuze together with the contemporary biologist Mary Jane West-Eberhard. I examine the concepts of (retrospective) adaptation and (prospective) adaptivity in Canguilhem’s The Normal and the Pathological in light of West-Eberhard’s notion of “developmental plasticity,” which is, I claim, adaptivity in the developmental register. In turn, I interpret Canguilhem’s notion of “comparative physiology” (linking the geographical, the technical and the physiological) and West-Eberhard’s notion of an “eco-devo-evo” approach to biology in terms of Deleuze’s notion of multiplicity.

CHRISTIANE VOLLAIRE, Oïkos ? [abstract]

Le mot grec oïkos suppose d’abord qu’il y ait du commun concrètement institué entre les hommes, un espace collectif à gérer, quelque chose qui puisse faire l’objet d’une entreprise commune. Et ce que les hommes ont en commun relève moins d’une supposée bienfaisance de la nature, que d’un effet de culture, s’il est vrai comme l’affirme Aristote que ce qui définit la nature en l’homme est précisément ce qui le constitue comme être social. Qu’il s’agisse d’éco-nomie ou d’éco-logie, la loi d’un côté et la rationalité de l’autre ne se rapportent qu’à une possibilité d’agir, et d’être au monde comme sujet d’une décision, non comme objet d’un devenir. L’oïkos ne renvoie donc nullement à la présence édénique d’un corps dans la nature, ou à l’immédiateté d’une relation originelle. Bien au contraire, il se réfère à l’intervention permanente d’un sujet dans un monde non seulement construit, mais dont la construction même produit ses propres processus de subjectivation, et détermine son devenir plus radicalement que ne pourra jamais le faire son conditionnement biologique. Habiter le monde n’est donc pas habiter la nature, mais habiter les relations complexes que l’homme établit avec elle et contre elle, en la maîtrisant pour y aménager son espace. Et cette maîtrise ne conditionne pas seulement son devenir physique, mais les modalités mêmes de son devenir subjectif.

CHRIS YOUNÈS, Philosophie des milieux habités [abstract]

Le mot « milieu » est précieux pour souligner que les installations humaines – l’architecture, la ville – tiennent compte de leur environnement, naturel ou bâti. Avant de configurer « un monde », l’art humain configure un lieu et même l’élit et le transfigure en le métamorphosant, faisant de milieux donnés des « lieux » habitables voire mémorables aux multiples formes de délimitations, d’échanges et de devenir. La notion de milieu habité est mise en perspective et pensée en termes de limites, passages, liens et métamorphoses.

VINCENT JACQUES & RICHARD SCOFFIER, « Mort de l’homme » en architecture; nouveau rapport à la nature, nouveau rapport entre les hommes ? [abstract]

Cet article expose les linéaments d’une recherche en cours. Celle-ci se base sur l’hypothèse que certaines tendances de l’architecture contemporaine, malgré des formes a priori dissemblables, développent un espace architectural d’une profonde cohérence, nouvelle épistémè de la pratique architecturale. Autrement dit, nous nous posons la question de savoir quelles sont les conditions qui rendent possible une certaine architecture contemporaine. Mais pour nous, l’effort épistémologique n’est pas une fin en soi; notre recherche ne vise pas à opposer certaines formes à d’autres, mais plutôt à montrer les nouvelles possibilités que recèlent les formes créées à l’aune du nouveau paradigme. Par nouvelles possibilités, nous entendons une évolution de l’habiter pouvant déterminer de nouveaux rapports entre les hommes, ainsi qu’une relation renouvelée à la nature. Est-ce trop demander à l’architecture ? Si l’on considère que d’un côté bien des choses – la majorité de ce qui se construit – se bâtissent sans architectes et que de l’autre des bâtiments « signés » à l’originalité outrée servent à étancher la soif d’images publicitaires de la société du spectacle, non, il ne nous semble pas déplacé de chercher à savoir si certaines formes architecturales répondent à la question du vivre autrement (vivre ensemble autrement).

ALAIN MILON, Les traces d’erre de Fernand Deligny. Aux fondations de la cartographie schizo-analytique de Félix Guattari [abstract]

Les écrits de Fernand Deligny ont circulé entre plusieurs mains bien avant d’être publiés. Félix Guattari et Jean Oury l’ont accueilli à la clinique de La Borde de 1965 à 1967. En juillet 1967, Deligny quitte la clinique de La Borde pour s’installer dans la propriété de famille des Guattari à Gourdas dans les Cévennes. C’est ainsi que la tentative et non l’institution des Cévennes dirigée par Deligny commence. Il s’agit d’une tentative parce que Deligny refuse toute forme d’institutionnalisation. Plus tard, Mannoni, Dolto et d’autres lui confieront des enfants. Il est indéniable que la conception de la cartographie delignienne a profondément marqué et influencé celle de Guattari et par voie de conséquence la lecture deleuzienne et guattarienne de la carte comme dispositif territorial. Nous sommes effectivement dans des agencements collectifs d’énonciation et peu importe le nom d’auteur.

 

GARY MADISON: A LIFE OF PHILOSOPHICAL DIALOGUE
Guest Editor: Felix Ó Murchadha

FELIX Ó MURCHADHA, Introduction: Philosophical Conversations with Gary Madison
CALVIN O. SCHRAG, Gary Madison’s Voice in the Philosophical Conversation of Mankind
GRAEME NICHOLSON, Limited and Universal Hermeneutics
PAUL FAIRFIELD, Gary Madison and Communicative Rationality
JEAN GRONDIN, The Confessiones of Gary Brent Madison
GARY B. MADISON, Reply to My Friends
 

Regular Articles

JOE WEISS, The Implicit Conception of Mimesis in Heidegger’s Being and Time
[abstract]

Following the work of Philippe Lacoue-Labarthe, this essay argues that there is an implicit conception of mimesis operative in Heidegger’s conception of Dasein’s being-in-the-world. More specifically, it argues that an examination of Heidegger’s theory of repetition (Wiederholung) and play (Spiel) in relation to Dasein’s uncanniness (Unheimlichkeit) illustrates Dasein’s tendency to turn away from mimesis and, instead, opt for the comfort of “mimetology,” the comfort of submitting to a levelled down identification with the ready-to-hand and the they-self. Ultimately this analysis, which itself performs a mimetic re-reading of Being and Time, brings to the fore a counter-force within Heidegger’s thought that arguably resists what Lacoue-Labarthe calls Heidegger’s inadvertent reproduction of the metaphysics of presence and the worrisome political implications that attend it. Moreover, this re-reading suggests that, precisely when the implicit role of mimesis is emphasized, the temporal possibilities built into Dasein’s way of Being might also be understood in a new light.

TANO POSTERARO, Organismic Temporality: Deleuze’s Larval Subject and the Question of Bodily Time [abstract]

The topic of this paper is a theory of the organism as subject. It is an ascription of subjectivity to organic bodies. I restrict my analysis, in this presentation, to the question of temporality; particularly, to the way individual bodies produce out of their own metabolic activity the temporal field with which they interact. I structure this discussion by way of an elucidation of Gilles Deleuze’s concept of the larval subject as it emerges out of his Difference and Repetition. I begin with the nature of repetition and time, move into an explication of organic rhythm, and unify these reflections in a reflection on the nature of organismic temporality. In terms more properly Deleuzian, I claim that out of the passive temporal syntheses constitutive of the present emerge the rhythmic contractions of the larval self and the polyrhythmic network of the organismic subject. In drawing on Deleuze in this way, I hope to achieve a novel and fruitful perspective on the individual nature of bodily time that makes credible an ascription of subjectivity, a concept traditionally afforded only to the human, to all living bodies.

TOM ROCKMORE, Interprétations hégéliennes de Marx [abstract]

Marx est un grand penseur et, selon divers critères, un des plus importants des temps modernes. L’enjeu ici est de cerner ce que Marx peut nous apporter aujourd’hui sur le plan philosophique. Le déclin soudain du marxisme officiel présente une occasion de faire ressortir le côté philosophique de Marx. Or voici quatre conditions afin de cerner la philosophie marxienne. Ces conditions relèvent (1) du marxisme, (2) de Hegel, (3) de l’économie politique, et (4) du modèle marxien de la société industrialisée moderne/

BILGE AKBALIK, A Body of Truth/A Truth of the Body: How Medical Science Normalizes [abstract]

This essay engages with several themes from Michel Foucault’s texts in order to examine the intricate connection between the normalizing power of medical discourse and its implicit ontological and epistemological commitments. I argue that medical discourse is inherently a medico-ethical discourse and its normalizing power is sustained through its being situated within a discourse on truth that allegedly establishes medical discourse as objective and scientific. In this context, in order to account for the non-coercive normalizing power of the medical sciences, I claim that medical sciences can authorize themselves as objective only on the basis of a metabody, rather than real bodies. Through an appeal to the metabody, normal and abnormal are instituted as objective evaluations, and medical scientific discourse renders ethical normativity and epistemological normativity virtually indistinguishable.